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Séminaire : "Vulnérabilité, souffrance et développement humainement durable", par Francois-Régis Mahieu

Pour cette deuxième séance de l'année 2011-2012, le séminaire du Cemotev accueille Francois-Régis Mahieu, membre du laboratoire et professeur émérite en sciences économiques.

le 17 novembre 2011

Jeudi 17 novembre 2011, de 10h à 12h
salle 318
bâtiment Vauban
47 boulevard Vauban
78280 Guyancourt
La vulnérabilité survient au devant de la scène internationale avec les « témoignages ultimes » et les manifestations massives des « indignés ». Ce concept est très polysémique : la vulnérabilité d’une personne peut provenir de nombreux évènements ayant trait à l’identité, la dignité, la maladie, la souffrance, le chômage, la pauvreté, etc.
Est-elle fatale ? Tel est le cas dans le réalisme social avec les exemples célèbres de Gervaise Macquart (E. Zola) ou de Jesus Sanchez (O. Lewis). Leur vulnérabilité est liée à leurs responsabilités et provoque une souffrance. Cette souffrance, qui implique la psychologie de la personne, aggrave sa vulnérabilité.
Malgré ce fatalisme (Ch. Dejours), une résilience (B. Cyrulnik) est plausible dans certaines circonstances, en intégrant en économie les concepts de la psychanalyse.

Plan de l'intervention :
1. La vulnérabilité de la personne
1.1. La vulnérabilité  liée à la responsabilité
- Le sujet de l’économie : la personne  responsable (Lévinas, Jonas, Ricoeur).
- La fragilité de la personne face à une responsabilité disproportionnée : faillibilité et « fautivité ».
1.2. Comment évaluer l’occurrence d’une vulnérabilité ?
- Les modalités : plausible, possible, incertain... La probabilité n’est qu’une modalité parmi les autres, limitée par le paradoxe des zones grises (Hicks) et l’imbrication des modalités.
- Une mesure spécifique de la vulnérabilité par rapport à la responsabilité, le cas des droits et obligations.
2. La souffrance vécue par la personne aggrave sa vulnérabilité
2.1. La production de la souffrance
- Lutter contre la souffrance (Louise Michel) est une obligation parfaite par  rapport  à l’amélioration du bien être (Amartya Sen).
- Une problématique de l’utilité négative (Popper, Orwell). La perversion de l’altruisme négatif (mon utilité augmente avec la diminution de la votre) rejoint la théorie freudienne. Elle est inacceptable pour l’hédonisme des économistes.
2.2. Une résilience est-elle possible ?
- La souffrance est différente de la douleur (Ricoeur). Sa dimension psychologique est prise en compte par Keynes et Pareto, violemment rejetée par Hayek ou Harsanyi.
- En quoi Freud est-il un économiste de la résilience ? L’économie est omniprésente  par exemple dans  le travail de deuil. La fragilité de la personne dans sa structure mentale (Surmoi, Moi, Çà)  implique une précaution face aux pulsions agressives et aux stratégies perverses.
 
La vulnérabilité implique une protection et surtout un « principe de précaution humaine et sociale », principe non admis pour les personnes et assimilé à la protection de l’environnement. La crise des marchés financiers reflète une perversion sado-masochiste, une course au gain de court terme et une destruction de l’économie réelle. Elle invalide un développement humain durable en aggravant la vulnérabilité et la souffrance des personnes réduites à l’état de moyens.